Regard fille anorexie

Le regard de soi et le regard des autres

Le regard de soi et le regard des autres… Lorsque je pense à mon enfance, à mon adolescence et à ma vie d’adulte, plusieurs pensées se contredisent dans ma tête. J’aimerais tant parfois retrouver cette naïveté de petite fille… j’aimerais tant penser que je peux, d’un simple claquement de doigts, faire disparaître le soleil derrière les nuages ou me vêtir d’une nappe de dentelle et me transformer en princesse… ne serait-ce que pour un court instant.

J’étais cet enfant timide, dans son monde de contes de fée, qui aimait prendre vie dans ses histoires inventées et qui discutait parfois avec son reflet dans la glace… ce reflet qu’elle considérait comme une âme autre que la sienne… cette petite fille c’était moi. À l’adolescence je cherchais qui j’étais, j’avais l’impression, peut-être comme toi, d’ignorer complètement qui était cette personne devant le miroir. Je me définissais uniquement par le regard des autres. Je voulais être parfaite pour moi, mais essentiellement, je voulais plaire à tout le monde autour de moi.

Dans ma tête, dans mon cœur… je détestais celle que j’étais. Je me trouvais grosse, laide, je me sentais constamment comme une incapable, ce que j’accomplissais n’était jamais assez, je pouvais toujours faire mieux… Les autres auraient été capables, mon frère aurait été capable, ils sont tellement mieux que moi, ils réussissent ce qu’ils entreprennent, ils savent ce qu’ils veulent dans la vie, mais eux ne passent pas plusieurs jours sans manger et ne vomissent pas leur douleur 5 fois dans la même journée… Eux, ils semblent heureux, eux ne portent pas de masque, je les envie, j’envie leurs vies, j’envie leurs sourires, j’envie leurs réussites… je déteste envier tout le monde… je me déteste plus que tout.

Ça, c’était Valérie l’adolescente et la jeune adulte. Le regard que je portais envers moi était constamment négatif et je me rabaissais constamment. Par contre, aux yeux des autres, j’étais tout sourire et je mentais sans cesse pour protéger les gens autour de moi et aussi pour me protéger.

Aujourd’hui, ce serait mentir d’affirmer que ce reflet dans la glace me plaît. Mais j’apprends de jour en jour à l’apprécier un peu plus et surtout, j’apprends à faire confiance en la personne que je suis devenue. Je me suis empêchée d’aimer et d’être aimée pendant si longtemps par peur de la douleur, par peur de me dévêtir devant quelqu’un, par peur d’avoir des mains étrangères sur mon corps… Mais maintenant, je suis capable d’affirmer aujourd’hui que je suis prête… enfin. Dans le même ordre d’idée ce serait mentir de dire aussi que le regard des autres et ce que pense les autres de moi n’est plus important. J’ai encore une peur atroce de décevoir et je suis encore extrêmement perfectionniste dans mon travail. Je sais que je ne suis pas parfaite, avec les années, je me suis bien rendu compte que la perfection était un mot inatteignable… heureusement…

Finalement, je sais que j’ai encore du chemin à faire pour retrouver pleinement confiance en moi et m’accepter enfin comme je suis réellement. Sache que le tout ne se fait pas du jour au lendemain et que ce doit être un travail continu avec ses hauts et ses bas, mais surtout….avec du soutien. Oui, du soutien de l’entourage immédiat, mais également le soutien professionnel.

Tu as le pouvoir de changer les choses,

Tu as la force d’un jour pouvoir t’aimer,

Apprends à faire confiance et à t’ouvrir sans barrière,

Parle, mange, danse, vie, aime….

Valérie

La Clinique St-Amour vient en aide aux personnes qui souffrent de troubles de l’alimentation.

Mme Nathalie St-Amour a vécu l’anorexie à l’âge de 14 ans. Elle est maintenant devenue une professionnelle qui vient en aide aux personnes qui souffrent de trouble de l’alimentation grâce à la clinique qu’elle a créée. En 2013, elle témoignait de son parcours pour guérir de l’anorexie à l’émission «Un train pour la vie» à Radio-Canada. Écoutez cette émission sur l’anorexie avec Nathalie St-Amour…

 

Nathalie St-Amour

PH. D. en psychologie, directrice générale des soins, Clinique St-Amour

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2 Commentaires

  1. Je sais pas comment on fait, j’essaie de m’en sortir seule, mais c’est super dure…
    À l’époque de mon adolescence, j’étais très ronde et subit les moqueries,le harcèlement..
    Il y a un ans que je travaille et j’ai perdu 20 kilos.. j’étais tellement heureuse, que j’arrive plus a voir comment je suis maintenant.. dès que je me vois dans le miroir je vois la même « baleine » qu’a l’époque… je fais très attention, me pèses tous les jours… évite de mangé…
    Comment je peux m’en sortir ?!

  2. Mathilde dit :

    Merci pour ton article.
    J’ai 21 ans et je viens de sortir de mes troubles alimentaires après 8ans de vie chaotique. J’en suis très heureuse car par exemple aujourd’hui je suis allée au restaurant sans culpabilité et j’ai manger avec plaisir sans me dire je vais grossir. Je ne me souviens pas de la dernière fois que ça m’étais arrivée. Maintenant ma nouvelle étape est d’affronter le regard des autres et le plus dure celui de ma mère. Mais comme tu le dis avec le temps tout est possible. Comme je me suis reconnue en lisant ton article, je pense que je peux y arriver comme toi tu l’as fait et vivre ça vie pleinement.
    Merci

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